Joël Dicker – « La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert »

« La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert » – Joël Dicker – 2012 – Editions de Fallois

Marcus Goldman, golden boy de la littérature nord américaine, a connu un succès fulgurant avec son premier roman et, à moins de trente ans, est quelqu’un de riche et célèbre. Malheureusement, l’angoisse de la page blanche le frappe de plein fouet, menaçant sa notoriété et son train de vie. Il décide de retrouver Harry Quebert, son mentor, et de retourner à Aurora, la ville où tout a commencé. Où il a appris à écrire, vraiment, et à devenir un homme.

Phénomène de librairie depuis une grosse dizaine d’années, Joël Dicker a connu un immense succès avec « La Vérité… ». Désireux d’enfin prendre le temps de lire l’un de ses livres, mon choix s’est rapidement porté sur ce titre. Choix simplifié aussi car ce livre reposait depuis une bonne année sur l’une de mes étagères. Je n’avais donc qu’à tendre mon bras pour m’en saisir, l’ouvrir et me plonger dans l’une des meilleures ventes de la dernière décennie. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’on est rapidement, littéralement et immanquablement happé par le récit. Dès les premières pages.

Le récit est construit avec des chapitres courts et vite lus. L’effet « brique de 600 pages », qui ne me dérange pas au demeurant, s’en trouve considérablement atténué. Les pages se tournent presque toute seule. Ce qui n’est pas uniquement dû à cette construction incisive. Bien entendu. L’histoire, dans laquelle on tombe pratiquement pieds et poings liés, nous emporte avec une étonnante facilité et l’on ne désire qu’une chose : savoir ce qui s’est passé durant cette foutue année 1975.

Les personnages sont riches et les liens tissés entre eux au fil des pages sont clairs et limpides. Ce n’est pas toujours le cas dans ce genre de roman fleuve et c’est une preuve du talent de l’auteur. On a parfois tendance à se perdre dans les méandres, parfois tortueux, de certains écrivains qui ont la fâcheuse tendance à complexifier l’histoire pour la rendre plus épaisse, plus réelle. On tombe alors dans un texte lourd et verbeux voire même parfois illisible. Rien de tout ça ici. Loin de là. Tout est clair et il n’est presque pas possible de perdre le fil de l’histoire tant c’est justement écrit.

Cependant, je ne peux pas m’empêcher de mettre un léger bémol. Concernant l’histoire d’amour entre Nola et Quebert. On pourrait croire en sa beauté rare et profonde, en son authenticité mais seulement en tant qu’amourette d’adolescents. Les écrits soi-disant merveilleux entre Harry et Nola, parlant d’amour comme « peu de personne ont pu le faire avant eux », sont d’une grande naïveté, d’une grande banalité, et pourraient effectivement avoir été écrit par un couple d’ados découvrant, le temps d’un été, l’amour pour la première fois. C’est proche du roman-photo. Comme si l’auteur ne maîtrisait pas totalement cette partie du récit.

Pour le reste, les ambiances nous plongent dans une certaine Amérique. Naïve et rêveuse. C’est une Amérique profonde loin des cartes postales et on s’y croirait, accoudé au zinc du « diner » local ou au volant d’une vieille Chevrolet. Marcus est attachant. Harry un peu moins. On ne le sent pas toujours crédible. Leur relation père-fils d’adoption fonctionne bien. D’autant que la mère de Marcus semble tarée et tellement loin des réalités que l’on peut imaginer sans mal les raisons qui ont contribué à rapprocher les deux écrivains. Le monde de l’édition tel qu’il est décrit fait plus penser à un panier de crabes prêts à tout qu’à un univers d’amoureux des lettres. Seuls les chiffres comptent. Le reste n’est que littérature. Drôle d’expression finalement. Mais c’est une triste réalité. Le reste est un roman policier classique mais qui fonctionne admirablement bien.

C’est facile à lire, accessible et bien écrit.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s