H.P. Lovecraft – « Le Cauchemar d’Innsmouth »

« Le Cauchemar d’Innsmouth » – H.P. Lovecraft – 1995 – J’ai Lu

Guidé par mon intérêt pour l’architecture et la Nouvelle-Angleterre, c’est en voulant me rendre à Arkham, dans le cadre d’un tour de la région lorsque j’étais encore étudiant, que mes pas me conduisirent à Innsmouth. Jamais je n’avais entendu parler de cette bourgade et les récits étranges et mystérieux qu’en faisaient les habitants des alentours m’ont persuadés de prendre le bus passant par ce village presque fantôme. C’est alors que l’horreur me saisit et que le cauchemar commença.

Première lecture de Lovecraft, l’auteur considéré comme l’un des maîtres incontesté, incontournable et inégalable de l’horreur et de l’angoisse. Influence majeure de nombreux auteurs de thrillers et de livres d’épouvante, il me tardait de découvrir ce dont cet écrivain était capable. J’ai donc profité d’une action « spéciale Lovecraft » de ma bibliothèque communale pour louer et lire « Le Cauchemar d’Innsmouth et autres nouvelles ». Avant toute chose, il me semble utile de préciser que je ne vais pas me lancer dans une étude pointue de l’auteur ou de son oeuvre. Il en existe déjà énormément et de grande qualité, rédigées par des personnes compétentes et plus légitimes que je ne le suis pour ce genre de travail. Je vais me contenter de rendre mon humble avis de lecteur lambda découvrant l’univers et l’écriture d’un auteur considéré comme un génie.

La première nouvelle, qui prête son titre à l’ouvrage, est donc « Le Cauchemar d’Innsmouth ». Et ce qui m’a directement frappé, c’est le style légèrement vieillot de l’écriture. Ce qui ne manque pas de charme car cela donne une touche tendrement surannée au récit. Ensuite, j’y ai trouvé quelques similitudes avec mon héros de jeunesse, Bob Morane. Pour une certaine idée de l’ambiance, pas pour le style ou le rythme des aventures de cet infatigable justicier. C’est au cycle dit des « Crapauds » auquel j’ai particulièrement pensé. Pour ceux qui connaissent, peut-être verront-ils le lien. A côté de cela, j’ai apprécié les descriptions et l’ambiance qui se dégage de cette nouvelle. Elles nous plongent dans une époque déjà lointaine où l’on s’imagine le monde en noir et blanc. Avec les portes de la modernité à peine entrouvertes. Nos pas suivent ceux du narrateur dans les rues de cette sombre ville, glauque et morbide. Et, comme lui, on regrette qu’il ait pris cette décision de faire escale à Innsmouth. Car on sent, et on sait, que ses regrets pourraient être éternels. Cependant, jamais je n’ai senti une sourde angoisse m’étreindre. Et aucune peur depuis longtemps tapie ne m’a surpris au détour d’une page. Non, je ne me suis pas laissé prendre à ce jeu-là. Sans doute suis-je mauvais public. Mais je n’ai pas vécu d’effrayante expérience en parcourant les rues de cette ville à oublier.

La seconde nouvelle, intitulée « La Maison de la Sorcière », parle d’un étudiant passionné par le mystère entourant le procès et la disparition d’une sorcière et dont l’ancienne maison serait hantée. C’est une histoire qui aborde le surnaturel par la voie mathématique et le monde onirique. Avec, en filigrane, la folie que des cauchemars et de sourdes angoisses peuvent finir par créer. C’est une plongée dans l’abîme où la réalité n’est plus celle que l’on croit. Où elle se multiplie et travestis les perceptions. Trop de répétition et peu d’action pour que je me laisse prendre au jeu. Et une définition, peut-être désuète, de la notion d’horreur absolue. Dans « Celui qui hantait les Ténèbres », on enquête sur les circonstances de la mort, pour le moins étranges, de Robert Blake dont le corps a été retrouvé avec une peur effroyable marquée sur le visage. Comme précédemment, l’attrait pour les forces occultes et les lieux maudits par un pouvoir mystérieux et malin conduira un importun à déclencher le courroux d’un être qu’il aurait mieux valu laisser au repos. Pour l’éternité. C’est une histoire sombre, bien entendu, où se disputent superstitions et surréalité.

« Air Froid » est originale mais on sent venir la chute assez rapidement. Cependant, elle tranche avec les précédentes nouvelles. Dans « Indicible », j’ai apprécié le rapprochement fait entre réalité et fiction. L’un venant à la suite de l’autre sans surprise mais efficacement amené. Et l’ambiance d’un vieux cimetière fait toujours son petit effet. « Le Monstre sur le Seuil » clôture ce recueil. On y retrouve Dan, un homme qui affirme, dès la première phrase, que même s’il a logé une balle dans la tête de son meilleur ami, il ne l’a pas tué. Étrange point de départ d’une nouvelle où l’on retrouve Innsmouth et ses angoissants mystères.

En guise de conclusion à cette première lecture du Maître de Providence, je pourrais simplement dire que ce n’est pas un coup de cœur mais que la touche vieillotte des différentes nouvelles est assez agréable et tend à rendre ces récits oppressants et glauques. Les ambiances crées et les descriptions précises des lieux et situations contribuent également à la pose de cette atmosphère voulue suffocante. Cependant, nulle angoisse ne m’a parcouru durant ma lecture. C’est sans doute dû à l’époque. Les repères et les normes ont tant changé que ce qui pouvait rendre fou de terreur le lecteur des années 1930 n’a plus qu’un effet limité sur l’imagination du lecteur plus vieux d’un siècle. Je crois malgré tout que c’est une oeuvre à découvrir car elle fait partie d’une certaine culture à posséder, elle montre avec talent à quoi pouvait ressembler la société de l’époque, avec ses croyances et ses règles, et, pour finir, parce que le talent d’écriture de l’auteur est indéniable et appréciable.

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