Ekaterina Sedia – « L’Alchimie de la Pierre »

« L’Alchimie de la Pierre » – Ekaterina Sedia – 2019 – Pocket

Une ville-Etat, tentaculaire et sombre, avec, à sa tête, un duc. Dénuée de pouvoir, sa fonction est à peine symbolique. Ce sont les Mécaniciens et les Alchimistes, deux sociétés rivales, qui règnent sur la cité. Et la révolte gronde. Sourde mais partout présente, elle risque de renverser l’ordre établi si cher aux riches et aux puissants de la ville. Parmi ce chaos naissant, Mattie. Une automate consciente et intelligente, alchimiste émancipée mais toujours sous le contrôle de Loharri, son ancien maître et célèbre mécanicien.

Très belle histoire, poétique et douce, dans une ville sombre et grouillante où le mécontentement gronde et monte des tréfonds de la terre. Univers immersif, on plonge dans l’histoire avec bonheur. Histoire qui aborde habillement féminisme et lutte des classes à la façon révolution industrielle. Période à laquelle on ne peut que penser en lisant ces pages car il s’agit d’une lutte entre une bourgeoisie endormie et suffisante et des mineurs affamés et révoltés. Hommes et femmes qui ne se comprennent pas, qui ne se fréquentent pas. Au milieu de ce chaos naissant, des automates. La plupart n’ont qu’une intelligence pratique car ils ne sont que des servants accomplissant les tâches domestiques que les hommes ne veulent plus faire. Ils font partie du décor et n’ont aucune valeur aux yeux des humains qui ne voient en eux que de serviles robots sans âme et sans conscience. Cependant, un Mécanicien décide d’en créer un différent. De lui donner une conscience pour qu’il ne soit pas qu’un simple domestique. Il s’agit de Mattie, une femme automate qui parvient à s’émanciper et à devenir Alchimiste.

Et c’est elle que l’on suit. Elle et son combat entre fidélité à son créateur, qu’elle ne sait ni aimer ni détester, et désir d’une émancipation guidée par un libre arbitre plein et entier. Confrontée aux préjugés et au dédain des hommes de la Cité, elle s’efforce de se conformer aux normes et aux attentes de la société pour s’y intégrer du mieux possible. Il est intéressant de voir les efforts qu’elle met en oeuvre pour correspondre non pas à ce qu’elle désire être mais plutôt à ce que l’autre pense être en droit d’attendre d’elle. Encore cette question de liberté et de libre arbitre. Lisse et comme tout le monde, sommes-nous réellement libre ? Il en est de même si l’on aborde la question, également évoquée dans ce roman, de l’immigration et de la place de l’autre dans une société sclérosée par les différences de classes.

Récit à l’écriture fluide et aux descriptions légères et pertinentes, on navigue dans ses pages avec plaisir, se surprenant à tourner les pages à grande vitesse. Et à espérer un second tome. Car la fin… Et bien elle laisse sur sa faim.

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