Jim Harrison – « Les Jeux de la Nuit »

« Les Jeux de la Nuit » – Jim Harrison – 2010 – Flammarion

Trois nouvelles pour trois destins. Écrits avec humour et passion, honnêteté et humanité, ces textes courts dépeignent une Amérique idéale pour Jim Harrison. Il y parle de nature et de respect à travers des personnages terriblement humains qui cherchent une place dans une société qu’ils ne comprennent pas complètement. On plonge avec eux dans une Amérique profonde et authentique où la vie est rude et où les rencontres comptent parfois double.

Première lecture de cet auteur connu mondialement pour « Légendes d’Automne », classique dès sa sortie. Ici, ce sont trois nouvelles avec, en toile de fond, une Amérique profonde située dans le Montana ou au Nouveau-Mexique. Celle du travail et d’une certaine humilité. Il y a tout d’abord Sarah dans « La Fille du Fermier ». Jeune fille un brin naïve qui débarque dans le Montana avec sa famille car Frank, son père, désire changer de vie et devenir rancher. C’est difficile, mais elle s’y fait. Dans la solitude. Elle a en effet peu d’amis car sa mère, bigote et adultère, lui impose une scolarité à domicile. Les événements se précipitent cependant lors d’une soirée. Une catastrophe survient. Et la vie de Sarah se transforme. La vengeance devient son guide. Et la naïveté disparaît. Dans « Chien Brun », la seconde histoire, nous rencontrons CB. Pas alcoolique mais facilement porté sur la boisson. Et sur les femmes. Car qui ne tente rien n’a rien, finalement. Son côté paumé en cavale, donc sans lendemain, plaît à certaines. Il vivote à Toronto avec Baie, sa belle fille muette. Mais surtout il rêve. De rentrer chez lui. Et de pêche. A la truite, si possible. Enfin, dans « Les Jeux de la Nuit », c’est avec, un loup garou violent, cultivé et philosophe que nous faisons connaissance. Il décrit ses crises mensuelles avec un mélange d’effroi et de détachement. Il ne sait rien y faire alors il s’isole. Lors de ces crises. Loin des hommes, il espère leur éviter tout sort funeste. Parfois ça fonctionne. Il s’épuise avant de commettre un acte abominable. Par contre, d’autres fois, il retrouve sa raison en même temps qu’un doigts au fond de sa poche.

Tant les personnages que les histoires de ces nouvelles sont singuliers et à part. Ils possèdent leurs propres caractéristiques et sont, à leur façon, hors norme. Mais, à travers ces trois nouvelles, Harrison nous laisse entrevoir ce qui l’anime et le porte. Ce pour quoi il écrit. Son amour de la nature et de ses règles souvent dures, parfois cruelles mais toujours cohérentes. Il en parle avec passion et nous fait apprécier la part d’animalité marquée de ses personnages. Il nous rappelle que nous aussi, tout évolué que nous pensons être, nous sommes partie prenante de cette nature et que nous lui devons au moins le respect. Même avec la chasse et la pêche comme passe-temps favori. Il la laisse presque s’exprimer dans ses pages. On sent le froid du Montana quand il parle de raquettes et de skis. On voit la beauté des montagnes et on entend le chant des oiseaux. C’est une nature à aimer et à protéger. Dès lors, il n’est pas non plus étonnant de le voir donner une large place aux tribus amérindiennes. Les vrais américains. Pour qui la nature est un don et non une ressource à épuiser.

L’autre sujet marquant de ce livre est la relation, toujours compliquée, que ses personnages principaux entretiennent avec leurs parents. L’une a une mère religieuse mais démissionnaire et adultère qui se fait la malle à la première occasion venue. L’autre a un père, raté, qui ne se passionne ni pour sa femme, ni pour son fils. Seuls les oiseaux et leur univers de liberté trouvent grâce à ses yeux. Baie, la petite muette de « Chien Brun » doit cet handicap a sa mère alcoolique qui n’a pas levé le pied durant sa grossesse. Bref, ce sont des familles explosées qui composent ces histoires. C’est lourd et pesant mais c’est une réalité qui, malheureusement, vit encore de belles heures.

Ce sont donc des histoires aux personnages attachants qui ne nous quittent pas immédiatement après la fermeture du livre. On se surprend à y repenser avec une certaine affection. Et on revoit ces paysages à la tombée de la nuit. Comme dans l’histoire, au coin d’un feu.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s