Alexievitch, Svetlana – « La guerre n’a pas un visage de femme »

« La guerre n’a pas un visage de femme » – Svetlana Alexievitch – 2016 – J’ai lu

La Seconde Guerre mondiale a charrié son lot d’atrocités. Surtout à l’Est. Où les combats ont été les plus durs. Et la répression sauvage et sans pitié pour une population qui ne cessait de voir l’espoir s’envoler au rythme des bottes allemandes. Cependant, la résistance a vu le jour dès le début de l’entrée en guerre de la Russie. Et les femmes y ont pris une part prépondérante. Ce sont leurs souvenirs que Svetlana Alexievitch retranscrit dans ces pages. Avec passion et humilité.


Avant d’aborder des questions de fond, il me semble intéressant de signaler que la forme choisie par l’auteure est de fidèlement retranscrire les propos tenus par ces nombreuses femmes et immortalisés sur des kilomètres de bandes d’enregistrement. Une sélection, par chapitre, selon des thèmes choisis, a été savamment effectuée. Ce qui donne vie et authenticité au récit. Une écriture plus fictionnelle n’aurait peut-être pas eu un tel rendu. Ce choix s’avère donc judicieux malgré certaines répétitions et certaines longueurs. On perçoit avec acuité les sentiments de ces femmes. Leurs douleurs enfouies. Leurs souvenirs, vivaces, finissent par prendre vie dans nos esprits et on se sent happé par un flot d’intenses émotions devenant pratiquement le confident de ces anciennes combattantes.

Au fur et à mesure que les pages se tournent, s’amplifie la conscience d’avoir entre les mains un document rare et exceptionnel. Pour plusieurs raisons. La première est le simple fait que la parole est enfin donnée à ces femmes. Qu’elles puissent enfin raconter leur histoire et leur guerre. Même si les réminiscences de ce douloureux passé font couler autant d’encre que de larmes. La seconde est que le discours tenu par ces femmes diffère considérablement de celui tenu par les hommes ayant vu et vécu les mêmes situations. Un regard féminin sur les atrocités que seule une guerre peut provoquer jette un voile d’humanité souvent absent lorsqu’un homme aborde ces mêmes sujets. La conscience froide des événements est parsemée de rayons de soleil qu’elles seules peuvent entr’apercevoir dans cet océan de souffrances. Une troisième raison est l’explication par l’auteure de la censure dont elle a été victime lors de la parution de la première édition du livre. Les officiels n’appréciaient pas l’image donnée par ces femmes qu’ils jugeaient parfois pittoresque, parfois futile voire même, dans certains cas, anti patriotique. Le communisme et ses dérives, une autre page sombre de notre Histoire récente effleurée par l’auteure.

Ce livre est donc une suite d’entretiens réalisée par Svetlana Alexievitch dans les années 1980. Durant sept ans, elle a parcouru l’URSS pour rencontrer ces anciennes combattantes, ces femmes qui, chacune à leur manière, peuvent se targuer d’être une authentique héroïne russe. Mère courage ou insouciante jeune fille. Intellectuelle ou simple paysanne. Infirmière ou tankiste. Toutes ont comme point commun l’amour de la Patrie. Toutes ont cette soif de liberté, cette révolte face à l’occupation, et cette paradoxale relation entre l’amour et la haine qui agira comme un moteur les poussant à prendre les armes et à aller au-delà d’elles même pour que la Victoire soit aussi belle qu’éclatante. Voici enfin un livre qui donne la parole à ces inoubliables voix.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s