Günther Anders – « La violence : Oui ou non : Une discussion nécessaire »

« La violence : Oui ou non : Une discussion nécessaire » – Günther Anders – 2014 – Editions Fario

Philosophe autrichien d’origine allemande, Günther Anders secoue les convenances en posant la question de l’usage de la violence comme moyen d’action légitime et unique contre-pouvoir efficace face à la machine, redoutable, qu’est l’Etat. Son avis, tranché, et les réactions qu’il suscite constituent cet ouvrage. Et, 30 ans après sa première publication, le débat reste ouvert. Plus que jamais.

41GYlkOYwIL._SX210_

Cet ouvrage est avant tout intéressant car il nous replonge dans le contexte particulier des années 1980. La guerre froide battait son plein. Calmement. L’Allemagne était divisée en deux avec, d’un côté le bloc soviétique et, de l’autre, une occupation alliée en place depuis la fin du dernier conflit mondial. Être allemand n’était, à l’époque, pas chose aisée. Le monde était sous tension. En permanence. Les missiles, nucléaires, prenaient position de part et d’autre de la frontière. Ils se faisaient face, menaçant la paix, promettant l’Apocalypse. Ensuite vint Tchernobyl. Mise en lumière des dangers du nucléaire civil. Entre autres catastrophes écologiques, elle fut sans conteste la plus grave. Ou, en tout cas, la plus médiatisée. Le nucléaire. Il était partout. Menace réelle. Danger imprévisible. Il menait la danse et donnait le ton des actions citoyennes passées et à venir. De nombreux groupes écologistes sont nés durant cette période. Certains furent considérés comme dangereux par les gouvernements. Leurs membres furent arrêtés pour actes de violence. Rébellion. Terrorisme. Alors même que, comme violence, rien de ce qu’ils avaient pu entreprendre n’aurait pu rivaliser avec les Brigades Rouges des années 1970. Leur violence n’était rien d’autre que de la désobéissance civile.

Et c’est ici que Anders intervint. Il part du constat que non seulement les actions déjà menées par ces activistes écologiques n’ont rien donné et ne semblent vraisemblablement pas en mesure d’infléchir les politiques en matière de nucléaire, mais en plus il estime que si l’Etat use et abuse de moyens violents comme la menace de faire appel à l’arme nucléaire ou la répression, sévère, de manifestants pacifiques, alors il n’existe qu’une seule façon de s’exprimer et elle est violente. Elle est violence.

Il justifie et promeut l’usage de la violence car, dans le contexte de l’époque, il considère que les populations sont en état de légitime défense vis-à-vis d’une force supérieure (l’Etat, les multinationales) et, qu’en temps de guerre, il n’existe pas d’autres moyens pour parvenir à la paix. Il n’hésite d’ailleurs pas à faire un lien entre la résistance française de la Seconde Guerre Mondiale et celle qu’il pense nécessaire à mettre en place pour lutter contre les fous qui dirigent le monde. Ce sont ces postures qui ne passèrent pas bien dans de nombreux milieux intellectuels de l’époque. Malgré la prédominance de la peur. Peur face à la menace d’une guerre totale. D’une destruction sans frontières. Certains, parmi les plus virulents activistes prirent fait et cause pour ces positions. D’autres, plus modérés, saluèrent le courage dont Anders faisait preuve car il ouvrait la discussion sur ce qu’il convenait de faire pour contrer les abus des différents pouvoirs. Mais la plus grande majorité, tout en reconnaissant la pertinence et l’intelligence de certains de ces développements tranchés, condamnèrent ce discours.

L’ouvrage reprend l’ensemble des débats que suscitèrent ces prises de positions peu orthodoxes. Il s’agit principalement d’intellectuels qui s’affrontent par courriers interposés. Tout n’est pas toujours évident à comprendre car ceci n’est pas une oeuvre de vulgarisation. Il s’agit de concepts, de théories, d’esprits qui se rencontrent et qui se renvoient la balle à coup d’arguments plus ou moins pertinents. Mais l’important est que le débat a existé sur une question qui a toujours fait controverse. Il serait intéressant de le mettre sur la place publique actuelle. De discuter de ce qu’est la violence au 21ième siècle et de son bon usage en vue de l’obtention d’une paix, relative, souhaitable et envisageable.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s