Nancy Huston – « Lignes de faille »

« Lignes de faille » – Nancy Huston – 2006 – Actes Sud Editions

Quels liens peuvent exister entre un petit américain de 6 ans couvé par sa mère et une jeune allemande née dans les années 1940 ? Ceux du sang. Bien entendu. Et du secret. Un secret qui remonte à la surface. Lentement. Grâce à l’opiniâtreté d’une jeune fille née dans les années 60. Fille de cette petite allemande. Et grand-mère de ce jeune américain. Quatre portraits. Quatre enfants. Une même famille. Pour estomper ces mystères.

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L’histoire commence avec Sol, un petit garçon américain. Sa mère, pour son bien, le couve et le protège de tout et de tous. C’en est presque agaçant. On s’imagine à la place de cet enfant et on voit avec quelles difficultés il va devoir composer pour le reste de sa vie. Randall, son père, n’a pas grand chose à dire. Mais il est la partie la plus intéressante de ce premier chapitre. Car, au travers du portrait de son fils, petit américain typique gavé à la politique de Bush Junior, c’est à lui que s’intéresse l’histoire. Le second portrait, donc le second chapitre, lui est dédié. Il est le lien. Celui qui unit sa grand-mère allemande et son fils américain. Dans les années 1940, ils auraient sans doute été ennemis.

Nous suivons donc, à rebours, l’histoire de cette famille. Deux portraits d’hommes suivis par deux portraits de femme. Quatre générations. Avec les questionnements propre à leur époque. Un enfant du 11 septembre dans une Amérique fermée et puritaine. Son père, fils d’un juif par le sang et d’une juive par conviction. Cette mère, Sadie, élevée par des grands-parents où l’absence de tendresse et d’empathie était érigée en valeur. Et finalement, l’arrière grand-mère, Erra. Née à la veille de la Seconde Guerre Mondiale. Vivant dans une famille allemande, convaincue de la puissance de son pays et de la nécessité de suivre leur guide suprême.

Malgré des débuts difficiles, ce roman transporte. Ces quatre portraits ne décrivent pas uniquement les principaux protagonistes. Ils donnent également un aperçu pertinent du contexte dans lequel chacun d’entre eux évolue. Ils montrent à quelles difficultés ils doivent faire face dans une situation qui, à chaque fois, finit par les dépasser. Et puis le fil rouge. Le lien qui unit ces atypiques personnages. Ce qui rend leur histoire si lourde, si profonde. Si riche et si intense. Ce lien, dramatique, est traité par l’auteur avec talent et pudeur. Presque avec tendresse. Elle tente d’en mesurer les possibles conséquences sur plusieurs générations. Le poids d’un secret. Lourd. Bien trop lourd. Transforme la vie de ces enfants. Car tous, à leur façon, dans leur situation de vie, grandiront d’un coup. Vers 6 ans. Car ce secret, si lourd, ne peut rester enfermé dans une boite. Car, bien qu’enfouie dans les méandres de lointains souvenirs que l’on croit généralement impossible à exhumer, cette boite, telle celle de Pandore, finit par s’ouvrir. De toute façon, elles s’ouvrent toujours ces boites. Et chaque enfant le vivra, intensément. Et courageusement.

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