Philippe Claudel – « Le rapport de Brodeck »

« Le rapport de Brodeck » – Philippe Claudel – 2007 – Editions Stock

Il n’a rien fait. Il n’y est pour rien. Pourtant, les autres, les hommes du village, veulent qu’il écrive un rapport sur les évènements. Qu’il raconte ce qu’il sait. Qu’il explique ce qui s’est passé. Lui ne le veut pas. Il n’était pas là. Et il aurait aimé ne jamais savoir pour ne pas avoir à en parler ni même à s’en souvenir. Il s’appelle Brodeck. Il a étudié, il sait écrire. Il va donc pouvoir parler du drame. Et rédiger ce rapport.

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L’histoire est une sorte de fable dans laquelle l’auteur utilise le meurtre d’un étranger pour mettre ses assassins face à leurs responsabilités passées. Ces hommes qui, pour se protéger et préserver leur tranquillité ont, durant la guerre et sans état d’âme, livré deux des leurs aux occupants sous prétexte qu’ils n’avaient ni la même religion ni la même origine que ces soldats venus conquérir leurs terres et que ces villageois avec qui ils vivaient depuis de nombreuses années. Ces hommes qui, pour se protéger et préserver leur tranquillité ont tué froidement cet étranger dont le seul tort a été de trop leur rappeler leurs faiblesses et leurs erreurs. Quelque soit la période, ils n’ont agit que dans leur propre intérêt mettant sciemment de côté le peu d’humanité qu’ils possédaient.

Parmi eux vit Brodeck. Homme tranquille et simple qui sera, malgré lui, le personnage central de ces histoires. Il est l’un des deux déportés. Mais le seul survivant. Et c’est lui que ces hommes, responsables de l’enfer qu’il a vécu dans les camps, ont désigné pour rédiger un rapport circonstancié sur les évènements ayant conduit à la disparition de cet étranger. Dans les deux cas, il accepte le cours des choses. Froidement et sans colère. Mais sans résignation non plus. Avec une pudeur subtile et une sensibilité touchante. Lui, la victime, sera celui qui fera montre de la plus grande bonté et de la plus sincère humanité dans ce village perdu au milieu des montagnes.

C’est cette sensibilité et cette pudeur qui font de ce roman une réussite. Le sujet est grave mais il est abordé sans amertume et sans rancoeur. L’auteur réussit à parler de la Seconde Guerre Mondiale et de la Shoah sans jamais les nommer. Et pourtant ces sujets sont omniprésents mais ils sont abordés tellement délicatement et intelligemment qu’il ne semble jamais nécessaire d’utiliser leurs sinistres appellations. Beau roman et belle façon de lutter contre l’oubli.

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