Martin Allen – « L’étrange voyage de Rudolf Hess »

« L’étrange voyage de Rudolf Hess » – Martin Allen – 2003 – Les Editions Perrin

En mai 1941, s’est produit un évènement qui, encore aujourd’hui, est considéré comme l’un des plus grands mystères de la Seconde Guerre Mondiale. Rudolf Hess, dauphin attitré d’Adolf Hitler, a pris son avion, s’est dirigé vers la Grande-Bretagne et a sauté en parachute au-dessus de l’Ecosse. Pourquoi, en cette année décisive, ce personnage ô combien important du régime a-t-il posé cet acte fou et insensé ?

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De nombreuses hypothèses existent à propos de ce voyage hors du commun. Et la théorie la plus généralement acceptée est que Rudolf Hess avait perdu la raison et se serait mis dans la tête qu’il allait sauver l’Allemagne du péril que l’Angleterre et, par extension probable, les Etats-Unis, constituaient pour son pays et son régime, en proposant aux dirigeants britanniques une paix qu’ils ne sauraient refuser. Simple naïveté ou méconnaissance profonde de la position du gouvernement britannique quant à la politique agressive du Führer ? Nul ne pourrait le dire avec précision. Et, encore aujourd’hui, les versions divergent. D’aucuns pensent que Hess aurait agit seul dans l’espoir que cet acte fou, s’il réussissait, redorerait son blason passablement terni aux yeux de Hitler. En effet, depuis quelques temps, il avait perdu sa place de second du régime au profit de Goering. Même Bormann, son assistant, avait, à cette époque, plus de crédit auprès de Hitler.

D’autres pensent qu’il aurait bénéficié de soutiens en Angleterre et que son souhait premier était de passer à l’ennemi. Cela semble peu vraisemblable surtout quand on sait que son admiration et sa dévotion pour Adolf Hitler étaient presque mystiques. Il est d’ailleurs l’un des seuls accusés de Nuremberg à avoir dit, en guise de conclusion, que si tout était à refaire depuis le début, il recommencerait exactement de la même façon et que suivre Hitler avait été le but de sa vie. Certains prétendent qu’il se serait simplement perdu. Mais, croire cela, s’est donner énormément de crédit au hasard.

Ce qui apparait comme certain c’est que Hess ne pensait pas que ce voyage serait son dernier ni qu’il passerait le restant de ses jours derrière les barreaux devenant ainsi le prisonnier le plus couteux de l’Histoire. Son statut et sa prétendue importance auraient dû lui conférer une sorte d’immunité mais il n’en fut rien.

Dans le présent ouvrage, la théorie retenue est celle d’un complot anglais visant à déstabiliser le régime nazi via de prétendus pourparlers de paix entre une partie dissidente du pouvoir britannique hostile à Churchill et les plus hauts dignitaires allemands. En procédant de la sorte, et donc en faisant miroiter une paix à l’Ouest, les anglais auraient réussit à sournoisement et insidieusement persuader Hitler d’ouvrir le conflit à l’Est en attaquant la Russie. L’Allemagne aurait donc à faire face à deux fronts ce qui entrainerait nécessairement la chute du régime.

C’est une hypothèse qui en vaut une autre. Elle n’est ni meilleure ni moins bonne. Par contre, ce qui, dans ce livre, est un peu nébuleux, c’est le sentiment que les arguments de l’auteur ne reposent sur rien. L’impression que les sources utilisées sont orientées dans le sens voulu par l’auteur et ce, dans l’unique but de démontrer la justesse et l’exactitude de la théorie proposée. Le poids ridicule de certains arguments et la légèreté des témoignages présentés comme preuves irréfutables par Allen ont également éveillé ma méfiance. Je me suis donc renseigné et je me suis rendu compte qu’Allen avait été accusé et reconnu coupable de faux pour la rédaction de deux de ses précédents ouvrages. En effet, il a été prouvé qu’il a lui même rédigé des documents qu’il a présentés comme authentiques pour appuyer les thèses qu’il comptait défendre dans ces livres.

Dès lors, le présent ouvrage a perdu énormément de crédit à mes yeux. Je l’ai lu avec intérêt mais, plusieurs fois, la platitude de certains arguments et une certaine malhonnêteté dans la façon de présenter les faits m’ont dérangé. C’est dommage mais je pense que cette idée de complot anglais, même si elle peut avoir un fond de vérité, relève plus du fantasme et d’un goût pour le sensationnalisme de l’auteur que d‘un véritable travail scientifique. Ce livre peut donc à peine être considéré comme un roman d’espionnage.

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