Douglas Coupland – « Hey, Nostradamus ! »

« Hey, Nostradamus ! » – Douglas Coupland – 2006 – Editions Au Diable Vauvert

1988 à Vancouver. Une fusillade éclate dans une école faisant de très nombreuses victimes parmi les étudiants et le corps enseignant. Que peut-il rester d’un jeune couple ou d’une famille après ce genre de drame ? Comment reconstruire ce qui semble avoir été irrémédiablement brisé par la folie et le sang ? Quatre récits sous forme de témoignages permettent d’entrevoir un début de réponse.

hey,-nostradamus---39125-250-400

L’auteur, connu et reconnu pour son roman intitulé « Génération X », aborde ici un sujet délicat, le massacre de masse en milieu scolaire. Ou plutôt, il l’aborde en filigrane. Il traite le sujet, bien sur, donnant corps à son récit. Mais cet évènement est plus souvent suggéré qu’explicitement cité ou décrit. Ce qui semble avant tout l’intéresser, ce sont les conséquences que ce genre d’épreuve peut avoir sur les gens l’ayant vécu au plus près. Comment les survivants s’organisent pour continuer à avancer ? Est-ce seulement possible ? Où et comment trouver un efficace réconfort lorsque l’on ne croit plus en rien ? Lorsque, vivant, on pourrait se préférer mort ?

Certaines pistes sont données par l’auteur via quatre récits. Celui de Cheryl d’abord. Victime du bain de sang, elle nous fait part de ses réflexions dans cette fameuse salle d’attente qu’est le purgatoire. Quelques années plus tard, Jason, son inconsolable petit ami, prend la parole. Il reste en vie pour sa mère. Et pour lutter contre son père à la rigidité religieuse accablante. Heather, sa nouvelle compagne, apprend à lutter contre la mort. Celle de cette fameuse petite amie jamais oubliée. Celle vers laquelle Jason semble irrémédiablement s’enfoncer. Celle qui effraye et face à laquelle on ne peut rien. On termine par les états d’âme et les justifications du père dont le comportement aura toute sa vie été discuté et discutable.

A la différence de certains, Douglas Copland ne tombe pas dans le piège consistant à donner « sa » vérité quant aux causes menant à ce genre de fait divers. Il brosse le tableau d’une société dont certaines règles ou certains (dys)fonctionnements semblent permettre ce genre de drame. Il parle de réactions naturellement humaines tel que le déni ou la colère. L’incompréhension et la douleur ressenties par les victimes et par une société qui, malheureusement, ne trouve pas de parade efficace à cette problématique. En a-t-elle les moyens ? En a-t-elle seulement envie ? Entre les lignes, et même si le sujet n’est pas frontalement abordé par l’auteur, on sent que cette société préfère trouver un réconfort facile dans l’alcool ou la religion plutôt que de se poser les bonnes questions qui risqueraient de remettre en cause son précieux mode de fonctionnement. C’est un peu comme sincèrement plaindre ces pauvres victimes en croisant les doigts pour que cela n’arrive jamais jusqu’à nous mais en sachant pertinemment que, si rien ne change, rien n’est impossible.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s