Albert Speer – « Au Coeur du Troisième Reich »

« Au Coeur du Troisième Reich » – Albert Speer – 1969 – Fayard

Mémoires d’Albert Speer, architecte attitré de Hitler et Ministre de l’Armement du Reich durant la Seconde Guerre Mondiale. Ce manuscrit, rédigé durant ses années de détention à Spandau, donne un éclairage saisissant sur le mode de fonctionnement du Troisième Reich au plus haut niveau du pouvoir. Entre ambitions, intrigues et conflit mondial, Albert Speer livre sa vision des évènements à travers une analyse détaillée des faits dont il fut le témoin privilégié.

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Sujet à controverse(s), cet ouvrage fait office de référence pour la plupart des historiens ainsi que pour de nombreux passionnés car il met en lumière la réalité d’un pouvoir aux modes de fonctionnement complexes pratiquement rendu opaques par l’invraisemblable hiérarchie nazie. Et qui mieux que Albert Speer, témoin direct des évènements, pour décrire ce pouvoir absolu et autoritaire ?

Albert Speer est l’un des rares dirigeants du Parti qui, un jour, a pu se considérer comme étant un ami de Hitler. Il ne s’en cachait pas et, à travers les pages de son livre, on se rend compte qu’il en était assez fier. Il adorait l’homme et son magnétisme. Il est d’ailleurs intéressant de noter que Speer se montre assez honnête lorsqu’il explique que cette force presque magique faisait que, souvent, s’il avait une requête à introduire auprès de son maître, ce dernier, et au-delà du fait qu’il représentait l’autorité suprême de l’Etat, le faisait plier par ce qu’il dégageait plus que par le contenu du discours qu’il tenait. Speer parle d’états parfois hypnotiques dans lequel lui et certains hauts dignitaires se trouvaient en présence de Hitler. Il est d’ailleurs remarquable de constater que Speer ne le remet pratiquement jamais en cause ni idéologiquement, ni politiquement. Les seuls désaccords qu’ils ont pu avoir se situaient en matière de politique d’armement et de décisions à prendre pour que la production d’armes ne pâtisse pas trop de l’évolution de la situation.

C’est de là que vient l’une des controverses nées avec la parution de ce livre. Speer parle toujours de l’impérieuse nécessité de maintenir un certain rythme de production (armes, chars avions, bateaux…) de façon à ce que puisse se matérialiser la notion de Guerre Totale si chère à Goebbels (Ministre de la Propagande). Il est effarant de constater qu’il ne parle jamais de sa responsabilité dans la mort de dizaines de milliers de prisonniers affectés au travail obligatoire dans ses usines d’armement. Le Procès de Nuremberg, qui s’est tenu 20 ans avant la parution de ces mémoires, a démontré que, chaque jour, plus d’une centaine de personnes mourraient dans les usines du système de Speer. Ce sujet brulant est passé sous silence tout au long de son récit. Ce n’est a priori pas pour éviter de devoir se justifier qu’il n’en parle pas. On a plutôt l’impression qu’il ne considère pas cette réalité comme utile au récit ou nécessaire à la compréhension des évènements. Seuls importent les échanges qu’il a pu avoir avec Hitler ou avec les autres dirigeants du Parti pour que ses décisions et ses choix soient, dans la mesure du possible, respectés ainsi que pour montrer son importance dans l’appareil de l’Etat.

Rares sont les signes de compassion qu’il montre pour les victimes du conflit. Il parle du génocide juif sur quelques lignes en confirmant le caractère atroce des évènements mais explique tout aussi brièvement qu’il n’abordera pas le sujet de savoir s’il était au courant ou non ou s’il cautionnait la politique du Parti en la matière. Il sous-entend à demi-mots que, pour lui, plus on est proche du pouvoir, plus il est facile de ne pas savoir. Il est malgré tout difficile de croire que, vu sa positon extrêmement haut placée (un temps, il fût même le favori pour succéder à Hitler) il n’était au courant de rien. Par contre, la lecture de son livre ne permet pas de se faire une idée précise quant à ses propres convictions.

Ces sujets sont systématiquement éludés. Il se focalise sur les aspects propres à son métier et sur les rapports qu’il entretenait avec les hauts dignitaires nazis. C’est probablement l’un des pans les plus intéressants de ses mémoires car, par ses anecdotes et ses « petites histoires », on apprend énormément de choses sur la façon dont les décisions étaient prises et sur la façon dont les différents dignitaires se comportaient les uns envers les autres. Incessantes luttes d’influence et de pouvoir dont se délectaient Hitler. Rien que pour ces précisions, le témoignage de Speer est inestimable.

Pour conclure, il est sans doute bien de préciser que la lecture de ce livre est assez ardue et pourrait même franchement être rébarbative pour ceux qui ne sont intéressés que de loin par ce sujet. Pour les autres, c’est une lecture indispensable pour comprendre qui était Albert Speer et comment fonctionnait la machine nazie avant et durant le conflit.

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