Eric Puchner – « Famille Modèle »

« Famille Modèle » – Eric Puchner – 2010 – Albin Michel

A la poursuite du rêve de Warren, le père de famille, les Ziller ont quitté le Wisconsin et leur vie au bonheur confortable pour le soleil et les plages de Californie. Ils vivent dans un ghetto pour riches au bord du Pacifique. Malheureusement, le projet immobilier dans lequel Warren a investi toutes leurs économies tourne au désastre. Ils sont ruinés mais il ne se résout pas à l’avouer à sa femme et ses trois enfants.

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Excellente satire à propos du rêve américain qui tourne au fiasco et d’une famille aux valeurs versatiles. L’auteur décrit à merveille les états d’âme d’un père n’osant avouer à sa femme et à ses enfants que toutes leurs économies ont été englouties dans un désastreux projet immobilier (une décharge qui s’installe à côté de votre lotissement flambant neuf n’a pas d’autre résultat que de faire fuir les clients potentiels). Touchant et pathétique, jusqu’au bout il pensera pouvoir redresser la situation sauvant ainsi sa famille de la misère et de la honte. Sa femme, dont les sentiments pour lui commencent à s’émousser bien avant d’apprendre la vérité, partage son temps entre la réalisation de vidéos éducatives foireuses et la défense maladroite de la veuve et l’orphelin. Quant aux enfants, ils sont aussi magnifiques que caricaturaux. L’ainé, surfeur au teint halé et guitariste d’un groupe de rock. La fille mal dans sa peau tombant amoureuse du gardien de leur lotissement pour riches. Et le petit dernier qui refuse de s’habiller en une autre couleur que l’orange. Chacun profite de sa petite vie sans pouvoir le moins du monde imaginer qu’elle est sur le point d’imploser. Et ceci ne concerne que la première partie du livre. La seconde détaillera les conséquences que ce cataclysme aura dans la vie de chacun des membres de cette petite famille dont les rêves et les aspirations se sont envolées en fumée.

Le style est direct et acerbe. La critique du modèle « famille idéale » et des notions aussi peu essentielles que peuvent être les apparences, le conformisme (par rapport aux gens fortunés), l’envie, est assez réussie. On s’attache aux personnages mais on ne parvient pas réellement à les plaindre tant leurs aspirations initiales paraissent superficielles. Cela ne va pas jusqu’à être content de leurs malheurs mais on ne peut s’empêcher de penser que si le rêve américain ne se limitait pas à une simple réussite matérielle (et au fait de montrer aux autres que l’on a réussi) et que le bonheur pouvait consister en bien d’autres choses, ils n’en seraient sans doute jamais arrivés là. La vie qu’ils désiraient avoir est à l’image de la société vendue par les médias et les politiciens. Seuls comptent les riches et les puissants. Et eux seuls peuvent être heureux. Cette histoire tend à prouver que cette assertion est fausse et il est rassurant de voir que ce brillant auteur parvient à le démontrer sans tomber dans une basse démagogie.

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